Maintnenance conditionnelle : anticiper les pannes pour maximiser la performance

Un équipement qui tombe en panne, ce n’est jamais juste une machine à l’arrêt. C’est une ligne figée, des équipes sous pression, un planning qui explose… et souvent une question qui revient trop tard : “On n’aurait pas pu le voir venir ?”

Dans l’industrie, les arrêts non planifiés font partie des pires ennemis de la performance. Trop intervenir, c’est gaspiller du temps, des pièces et de l’énergie. Ne pas intervenir assez tôt, c’est s’exposer à des pannes brutales, coûteuses et parfois dangereuses. Entre les deux, il existe une voie plus efficace : intervenir quand c’est réellement nécessaire.

C’est précisément la promesse de cette approche. Contrairement à un calendrier fixe, cette stratégie s’appuie sur l’observation en temps réel. Elle observe, mesure, analyse… et déclenche l’action uniquement lorsque des signes de dégradation apparaissent.

Encadrée par la norme NF EN 13306, cette méthode repose sur le suivi de caractéristiques physiques comme les vibrations, la température ou la pression. Elle permet d’anticiper les défaillances avant qu’elles ne se transforment en problèmes majeurs, tout en évitant la sur-intervention.

Dans cet article, nous allons voir concrètement comment fonctionne cette stratégie, dans quels cas elle est pertinente, ses bénéfices opérationnels et comment l’intégrer efficacement dans une organisation, notamment à l’aide d’une solution GMAO adaptée.

QU’EST-CE QUE LA MAINTENANCE PRÉVENTIVE CONDITIONNELLE ?

Définition normative

Selon la norme NF EN 13306, elle se définit comme une :
« Approche subordonnée à un type d’événement prédéterminé révélateur de l’état de dégradation du bien ou du service » .

Concrètement, il s’agit d’une forme qui déclenche les actions non pas selon un calendrier fixe, mais en fonction de l’état réel, évalué par le suivi continu de caractéristiques physiques mesurables.

Terminologie : clarification importante

Dans la pratique industrielle, vous rencontrerez plusieurs appellations pour désigner cette approche :

  • Maintenance préventive conditionnelle (terme normatif officiel)
  • Maintenance conditionnelle (usage courant simplifié)
  • Maintenance sur état (traduction littérale de “condition-based maintenance”)
  • Maintenance prédictive (terme souvent utilisé comme synonyme, bien que certains professionnels y voient une nuance)

Point de vigilance : La norme NF EN 13306 ne fait pas de distinction entre “conditionnelle” et “prédictive”. Ces deux termes désignent le même concept. Dans l’usage opérationnel, certaines entreprises réservent le terme “prédictive” aux approches utilisant des modèles mathématiques avancés et l’intelligence artificielle, mais cette distinction n’est pas normative.

Principe de fonctionnement

Cette approche repose sur trois piliers :

  1. Instrumentation : Installation de capteurs pour mesurer en continu des indicateurs représentatifs (vibrations, température, pression, niveau d’huile, courant électrique, etc.).
  2. Suivi et analyse : Collecte en temps réel et comparaison avec des seuils d’alerte prédéfinis. Lorsqu’un indicateur franchit un seuil critique ou montre une tendance anormale, une alerte est générée.
  3. Déclenchement conditionnel : Contrairement à l’approche systématique qui agit selon un calendrier fixe (tous les 6 mois, toutes les 1000 heures de fonctionnement…), cette méthode déclenche l’action uniquement lorsque c’est nécessaire.

Différence avec l’approche systématique

Critère Approche systématique Approche conditionnelle
Déclenchement Calendrier fixe ou seuil d’usage État réel de l’actif
Instrumentation Non nécessaire Capteurs et suivi requis
Flexibilité Faible (actions rigides) Élevée (adaptée au besoin réel)
Coût initial Faible Élevé (capteurs, GMAO)
Optimisation Risque de sur-intervention Actions au bon moment

Exemples sectoriels

Industrie manufacturière : Suivi vibratoire des roulements de broches. Lorsque le niveau de vibration dépasse 7,1 mm/s (norme ISO 10816), une opération de remplacement est planifiée avant la casse.

Agroalimentaire : Contrôle thermographique des moteurs de chambres froides. Une élévation anormale de température (+15°C par rapport à la normale) déclenche une vérification des connexions électriques.

Logistique et transport : Étude d’huile sur les transmissions de chariots élévateurs. La détection de particules métalliques supérieures à 100 ppm indique une usure anormale nécessitant une action.

COMMENT FONCTIONNE LA MAINTENANCE PRÉVENTIVE CONDITIONNELLE ?

Les étapes de mise en œuvre

Étape 1 : Analyse de criticité et sélection des équipements

Tous les équipements ne justifient pas un suivi conditionnel. L’analyse préalable doit identifier les priorités selon une matrice de criticité :

Criticité Critères Action recommandée
Critique Impact majeur + Coût défaillance élevé Surveillance optimale
Importante Impact modéré ou coût moyen Conditionnelle ou systématique
Standard Faible impact et faible coût Approche classique

Éléments adaptés :

  • Coût de défaillance élevé (>10 000€).
  • Impact direct sur la production (ligne critique).
  • Dégradation progressive et mesurable.
  • Pas de redondance immédiate disponible.
Étape 2 : Instrumentation et choix des technologies

Le choix des capteurs et techniques dépend du type d’installation et des modes de défaillance potentiels :

Analyse vibratoire (norme ISO 10816)  

  •  Application : Machines tournantes (moteurs, pompes, ventilateurs, compresseurs)
  • Indicateurs mesurés : Vitesse de vibration (mm/s), accélération, fréquence
  • Défauts détectés : Déséquilibre, désalignement, usure roulements, jeu mécanique
  • Seuils typiques :  
    • Zone verte : < 2,8 mm/s (bon état)
    • Zone orange : 2,8-7,1 mm/s (attention)
    • Zone rouge : > 7,1 mm/s (action urgente)

Thermographie infrarouge (ISO 18434-1)  

  • Application : Équipements électriques, mécaniques générant de la chaleur.
  • Indicateurs mesurés : Température de surface, points chauds, gradient thermique.
  • Défauts détectés : Surchauffe connexions, frottements anormaux, déséquilibres de charges électriques.
  • Seuils typiques : Delta T > 20°C par rapport au fonctionnement normal.

Analyse d’huile (tribologie)  

  • Application : Systèmes hydrauliques, boîtes de vitesse, compresseurs
  • Indicateurs mesurés : Viscosité, indice d’acidité, particules métalliques, eau
  • Défauts détectés : Usure interne, contamination, dégradation lubrifiant
  • Seuils typiques : Particules > 100 ppm, eau > 200 ppm 

Ultrasons 

  • Application : Détection fuites (air comprimé, vapeur), défauts électriques (effet couronne)
  • Paramètres mesurés : Émissions ultrasonores (20-100 kHz)
  • Défauts détectés : Fuites, arcs électriques, cavitation pompes

Analyse des courants moteurs (MCSA)

  • Applications : Moteurs électriques, alternateurs
  • Paramètres mesurés : Signature spectrale du courant électrique
  • Défauts détectés : Barres rotoriques cassées, excentricité, déséquilibre charge
Étape 3 : Collecte et centralisation des données

Les données des capteurs doivent être :

  • Collectées en continu ou à intervalles réguliers (selon la criticité).
  • Centralisées dans un système d’acquisition (SCADA, IoT, GMAO).
  • Historisées pour analyse de tendances.
  • Accessibles en temps réel aux équipes maintenance.
Étape 4 : Définition des seuils d’alerte et de déclenchement

Pour chaque paramètre surveillé, trois niveaux de seuils sont généralement définis :

  • Seuil d’information (jaune) : Tendance anormale, surveillance renforcée.
  • Seuil d’alerte (orange) : Dégradation confirmée, intervention à planifier sous 1-2 semaines.
  • Seuil critique (rouge) : Danger imminent, intervention urgente sous 24-48h.
Étape 5 : Intégration GMAO et workflow

Une solution GMAO performante centralise :

  • Le suivi en temps réel : Remontée automatique des alertes.
  • Le déclenchement automatique : Création de bons de travail selon les seuils.
  • La gestion des priorités : Classification selon criticité.
  • La traçabilité complète : Historique des mesures, actions, résultats.
  • Le pilotage par indicateurs : MTBF, MTTR, taux de disponibilité.

Workflow type :

  1. Capteur détecte anomalie → alerte GMAO
  2. GMAO génère bon de travail priorisé
  3. Technicien intervient avec historique complet
  4. Rapport complété → enrichissement base de connaissances

BÉNÉFICES ET RETOUR SUR INVESTISSEMENT

Gains opérationnels mesurables

Réduction des arrêts non planifiés : -40% à -60% selon secteurs (source : études industrielles)

Optimisation des ressources :  

  • Diminution stocks pièces détachées (-20%)
  • Meilleure planification (-30% d’heures supplémentaires)
  • Allongement durée de vie (+15% à +25%)

Amélioration de la sécurité : Détection précoce de situations à risque

Performance globale :  

  • Augmentation TRS (Taux de Rendement Synthétique) : +5% à +15%
  • Réduction coûts globaux : -10% à -30%

LIMITES ET CONDITIONS DE RÉUSSITE

Investissements et prérequis techniques

La maintenance préventive conditionnelle ne s’improvise pas. Pour être efficace et fiable, elle nécessite un socle technique et organisationnel solide. C’est une démarche structurante, qui s’inscrit dans la durée.

Des investissements ciblés, mais structurants

Mettre en place une surveillance conditionnelle implique notamment :

  • L’instrumentation des équipements  
    Installation de capteurs adaptés aux modes de défaillance à surveiller (vibrations, température, pression, analyse d’huile, ultrasons, courant électrique, etc.).
  • Des systèmes de collecte et de centralisation des données  
    Les mesures doivent être remontées, historisées et exploitables via des solutions de type SCADA, plateformes IoT industrielles ou GMAO.
  • Des outils logiciels adaptés  
    Une GMAO capable d’intégrer des données de surveillance, de gérer des seuils, de déclencher des alertes et de transformer ces informations en actions concrètes sur le terrain.
  • La montée en compétences des équipes  
    La technologie seule ne suffit pas. Les équipes doivent comprendre les signaux, interpréter les alertes et prendre les bonnes décisions au bon moment.
Une infrastructure numérique fiable

La performance de la maintenance conditionnelle repose sur la qualité de l’infrastructure :

  • Réseau industriel fiable (filaire ou sans fil selon les contraintes terrain).
  • Disponibilité et sécurité des données (sauvegarde, accès, cybersécurité).
  • Continuité de la chaîne de mesure, du capteur jusqu’à l’analyse.
  • Sans ces fondations, le risque est élevé de générer des données peu exploitables, voire contre-productives.
Intégration avec la GMAO

Une GMAO équipée de modules de surveillancecentralise :

  • Les données des capteurs (historique, tendances).
  • Les seuils d’alerte personnalisés par équipement.
  • La génération automatique de bon de travaux.
  • La traçabilité des interventions et de leur efficacité.
  • Les indicateurs de performance (MTBF, MTTR, disponibilité).

Cette centralisation permet une amélioration continue de la stratégie de maintenance en ajustant les seuils et les fréquences sur la base des retours d’expérience.

Pour aller encore plus loin dans l’optimisation, la maintenance améliorative peut modifier vos équipements pour augmenter leur fiabilité.

PLACE DANS LA STRATÉGIE GLOBALE

Classification selon NF EN 13306

Point clé : Les termes “conditionnelle” et “prédictive” sont synonymes dans la norme. Les deux désignent la catégorie 3.3.2.

Complémentarité des approches

Une stratégie optimale combine plusieurs approches selon la criticité et les caractéristiques :

Type d’actif Stratégie recommandée Justification
Critiques (fort impact, dégradation mesurable) Conditionnelle ROI positif, anticipation maximale
Importants (impact moyen, défaillance progressive) Systématique Bon compromis coût/bénéfice
Standards (faible impact, nombreux) Corrective Coût surveillance > coût de panne
Vieillissants avec défaillances récurrentes Améliorative puis conditionnelle Modification puis suivi

Évolution vers une gestion basée sur les données

Cette approche s’inscrit dans une transformation digitale plus large :

  • Étape 1 : Réactive → On répare quand ça casse
  • Étape 2 : Planifiée → On agit selon un calendrier fixe
  • Étape 3 : Conditionnelle (simple) → On agit selon l’état mesuré (seuils fixes)
  • Étape 4 : Prédictive avancée → On anticipe par modélisation (maintenance prédictive avec IA)
  • Étape 5 : Prescriptive → Le système recommande l’action optimale (coût, disponibilité, risque)

Cette méthode constitue donc une étape intermédiaire accessible vers une approche de plus en plus intelligente et proactive, sans nécessiter immédiatement les investissements massifs en data science et IA requis par les approches avancées.

Pilotage par les indicateurs

Une stratégie incluant cette approche se pilote par des KPI spécifiques :

Indicateurs de fiabilité :
  • MTBF (Mean Time Between Failures) : temps moyen entre pannes → objectif : augmentation
  • MTTR (Mean Time To Repair) : temps moyen de réparation → objectif : réduction
  • Taux de disponibilité : objectif : >95% 
Indicateurs de coût :
  • Coût / CA : % du chiffre d’affaires → benchmark industrie : 2-5%
  • Ratio préventif / correctif : objectif : 80/20 voire 90/10
  • Coût horaire d’arrêt : évaluation impact économique pannes
Indicateurs d’efficacité :
  • Taux de fausses alertes : alertes sans défaut réel → objectif : <10%
  • Taux de détection : défauts détectés avant panne → objectif : >90%
  • Délai d’anticipation : temps entre alerte et défaillance critique → objectif : >7 jours

Intégration dans une démarche d’amélioration continue

Le suivi alimente les démarches de fiabilisation :

  • Analyse des modes de défaillance (AMDEC) : Les informations collectées permettent d’identifier les modes de défaillance réels et leur fréquence, alimentant ainsi l’AMDEC (Analyse des Modes de Défaillance, de leurs Effets et de leur Criticité).
  • Retour d’expérience structuré : Chaque opération déclenchée est analysée :
    • L’alerte était-elle justifiée ?
    • L’opération a-t-elle été efficace ?
    • Les seuils sont-ils pertinents ?

Cette boucle de rétroaction permet d’affiner continuellement la stratégie.

Conclusion

Cette approche n’est ni une mode, ni une solution miracle. C’est une méthode pragmatique, fondée sur l’observation réelle et sur la capacité à transformer des informations techniques en décisions opérationnelles.
Lorsqu’elle est bien ciblée, elle permet de réduire les arrêts non planifiés, d’optimiser les opérations, d’allonger la durée de vie et de sécuriser l’exploitation. Elle apporte surtout quelque chose de précieux dans l’industrie : de la visibilité. Savoir ce qui se passe, comprendre ce qui se dégrade et agir avant la panne.
Mais sa réussite repose sur plusieurs conditions : des équipements adaptés, une instrumentation pertinente, des seuils bien définis, une organisation réactive… et des outils capables de faire le lien entre l’information et l’action. C’est là que la GMAO joue un rôle clé, en structurant le suivi, les opérations et le retour d’expérience.
Intégrée intelligemment dans une stratégie globale, cette approche devient un véritable levier de performance. Elle constitue souvent une étape accessible et concrète vers une gestion plus prédictive, plus pilotée par les informations et plus alignée avec les enjeux industriels actuels.
En clair : moins de surprises, moins d’urgences, et plus de décisions prises au bon moment.

FOIRE AUX QUESTIONS

Qu’est-ce que la maintenance préventive conditionnelle ?

C’est une stratégie qui déclenche les opérations en fonction de l’état réel, mesuré par des capteurs et systèmes de suivi, plutôt que selon un calendrier fixe. Définie par la norme NF EN 13306, elle permet d’agir au moment optimal : ni trop tôt (coûts inutiles), ni trop tard (panne).

Quels paramètres sont surveillés en maintenance conditionnelle ?

Les paramètres dépendent du type d’équipement :

  • Machines tournantes : vibrations, température roulements, alignement
  • Équipements électriques : température, courant, tension, effet couronne
  • Systèmes hydrauliques : pression, température, analyse d’huile (particules, viscosité)
  • Systèmes thermiques : température, rendement, encrassement

Quelle est la différence entre conditionnelle et prédictive ?

Selon la norme NF EN 13306, il n’y a pas de différence : les deux termes désignent la même chose.

Dans l’usage pratique, certains professionnels distinguent :

  • Conditionnelle : suivi en temps réel avec seuils d’alerte fixes
  • Prédictive : modélisation mathématique et IA pour prévoir la date de défaillance

Cette distinction est opérationnelle, non normative. L’important est de comprendre que les deux reposent sur l’étude de l’état réel.

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